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Football : Signorino : « On m'a fait beaucoup de mal »

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MessageSujet: Football : Signorino : « On m'a fait beaucoup de mal »   Mer 25 Avr - 15:30

Citation:
Football : Signorino : « On m'a fait beaucoup de mal »

FC Nantes. Le défenseur, irréprochable dans l'investissement, semble miné par cette saison. Il s'en explique dans un long entretien.

Franck, on vous a senti très affecté samedi soir au Parc des Princes?

Je vis ça comme un gros échec. Ça fait mal. Le club est un monument du
patrimoine français. En plus, il descend de cette façon. Puis, ta
fierté en prend un coup car ton nom est associé à cette descente. Quand
tu vois le nombre de supporters qui se déplacent à Paris, présents
contre Lens, ces gens adorables dans la rue qui ne te chambrent pas
comme ce fut le cas dans certains clubs. On ne te dit pas : l'année
prochaine, tu vas aller à Libourne! Non, ils croient en toi, sont
derrière toi et je dirais, presque plus affectés que certaines
personnes appartenant au FCNA...

Avez-vous l'impression que dans le partage des responsabilités, les joueurs sont pour ainsi dire exonérés ?

C'est vrai. Les gens ont peut-être tendance à excuser l'équipe. Nous joueurs,
on n'a pas su faire face, on n'a pas été à la hauteur tout simplement.
Même si on a besoin d'un chef d'orchestre, à un moment donné, on peut
se prendre en charge. Chacun doit assumer ses responsabilités, les
joueurs également.

Avez-vous, l'impression, justement, que tout le monde a tiré dans le même sens au sein du groupe ?

Tout le monde vit mal la situation. C'est un énorme gâchis de voir un
colosse se casser la gueule. Après, est-ce que chacun a fait le maximum
? Je ne peux pas répondre à la place des autres. Et puis, si ça se
trouve, c'est peut-être tout bêtement de l'incompétence ? Il ne faut
peut-être pas aller chercher plus loin. On a un pied et quatre orteils
en Ligue 2, attendons de voir la fin. Il y a encore un très mince
espoir, il faut le jouer à fond.

Vous n'aviez pas l'impression de prendre un risque en venant ici ?

Je vais être franc. J'arrive de Metz, 16e. Nantes a terminé 17e.. Pour
moi, Nantes a été victime d'une sorte d'accident de parcours. On me
dit, Gregory Wimbée, notamment : « le FCNA ne peut pas se permettre une
deuxième saison de la sorte. Tu ne te trompes pas. » À côté de ça, ma
femme, la première, me disait : « tu pars du 16e pour aller chez le
17e. » En fait, j'ai surtout réagi avec le coeur et l'affectif. Je
tiens à dire qu'en venant de Metz, je n'ai pas réalisé une opération
financière car j'avais tout à prouver. C'était le même salaire.«
Humainement, j'ai vécu un enfer » Morale de l'histoire : mieux vaut
écouter les femmes...Non, car je me suis imposé comme titulaire à
Nantes alors que beaucoup prédisaient que je ne parviendrais jamais à
m'adapter à son jeu. Ça, c'est pour l'aspect sportif. Sur le plan
humain, je ferai référence à la première année, j'ai connu des gens
exceptionnels dans les bureaux. Des gens qui ont le coeur sur la main,
la fibre du club. En revanche, j'ai vécu cette seconde année comme un enfer, surtout humainement.

Vous semblez vous être fait un nom par votre caractère. En même temps, celui-ci a posé problèmes à certains ?

Je l'ai ressenti tous les jours. J'ai un caractère assez entier et on ne
pourra pas me l'enlever. Peut-être, ai-je trop dévoilé ma nature. Ce
n'est parfois pas la bonne solution, surtout dans ce milieu.
Maintenant, je ne vais pas changer par rapport à certaines personnes
qui ont cru bon de me dénigrer à certains moments. À partir du moment
où il y a une cause dans laquelle je crois, je m'investis totalement.
En revanche, quand il n'y a plus la moindre lueur, plus rien du tout,
c'est fini dans ma tête également.

Sportivement, le vrai Signorino se veut donc plus proche de la saison 2005-06 ?


Je ne suis pas là pour analyser les causes. Il reste cinq matches et
une petite chance de s'en sortir. Et puis, même si on vient à être
relégué, je veux finir 18e, ne pas terminer dernier. J'ai eu plein de
petites blessures. Cela a commencé dès le mois d'août. Mais vous avez
un entraîneur qui vous prend à part et qui vous dit, même à 50 %, je
veux que tu joues, vous ne tournez pas les talons. Tu ne peux pas,
sachant la difficulté à l'époque de l'équipe et du club. Idem lorsque
je me suis blessé à Nancy. Maintenant, je ne regrette pas. Je suis bien
avec ma conscience. Après, d'autres paramètres dont je ne souhaite pas
parler, sont entrés en ligne de compte. Ils m'ont énormément affecté
psychologiquement. On m'a fait beaucoup de mal dans la tête.

Vous faîtes allusion au brassard que l'on vous promet mais que l'on ne vous a pas attribué ?

Je ne veux pas en parler mais c'est en rapport avec ça. Je n'ai pas envie
de me répandre par rapport à cette pression que j'ai eu sur les
épaules. Malheureusement, je n'étais peut-être pas assez solide pour la
supporter. J'ai forcément craqué psychologiquement à un moment donné.
Voilà, après, concernant mes petites blessures à la cuisse, c'est
davantage dû à la tête. Je suis quelqu'un qui cogite beaucoup, tendu,
stressé. Forcément, ça rejaillit sur le corps.

On peut dire que vous avez vu clair. Vous avez été l'un des premiers à tirer la sonnette d'alarme ?

Quand vous perdez Mickaël Landreau et Jérémy Toulalan qui sont les deux
meilleurs joueurs de l'équipe, forcément vous vous posez des questions.
Le club a répondu par un recrutement. Il a répondu à mes questions, et
puis on avance. Et puis, quelque part, qui suis-je, moi Franck
Signorino, pour revendiquer quelque chose ?

« Landreau était l'ange gardien »Vous pensez que Nantes a perdu davantage qu'un gardien avec le départ de Mickaël Landreau ?

Je ne l'ai connu qu'un an. Ca été une sacrée expérience tant sur le plan
humain que sportif, technique. Je pense que Mickaël Landreau avait une
énorme place dans le vestiaire, et qu'il a été, quelque part, l'ange
gardien. C'était quelqu'un garant de l'esprit canari, garant des
valeurs de Nantes et en partant, je pense que la porte n'était plus
verrouillée. Ça, c'est sûr.

Seriez-vous prêt à relever le défi ici de la L2 ou avez-vous d'autres envies ?

Pour l'instant, je me pose des questions sur mon avenir. C'est légitime. Je
veux avant tout finir cette saison. La tête haute, donner tout ce que
j'ai pour ce club. Après, j'ai connu la L 1, je n'ai pas envie de
revenir en L2. Malheureusement, le club va peut-être y aller. J'ai deux
ans de contrat, et lorsque vous êtes sous contrat, il faut d'abord
discuter avec lui, savoir ce qu'il compte faire avec ou sans vous. Le
fait de dire, maintenant, je refuse de rester avec le FC Nantes en L 2
serait très prétentieux, car il n'y a pas forcément des propositions
qui m'ont été faîtes.

De mauvaises langues faisaient remarquer que vous êtes revenu juste contre Lens (NDLR : intéressé, comme Auxerre par le joueur) et que vous avez d'ailleurs effectué un très bon match ?

Je me doutais que certains allaient faire ce genre de réflexion (sourire). De mauvaises langues ont également dit que je choisissais mes matches et que c'est pour cette raison que je n'étais pas à Marseille. Bon, je ne m'arrête pas à ca. Si les gens me connaissent bien, ils savent que je me donne à fond tant que je peux, pour mon club, car j'ai certaines valeurs et que même si je dois être seul à y croire, entre guillemets, vu que je n'ai pas d'influence sur les autres, j'irai tout seul à la guerre. Quitte à me
faire fusiller.

On a eu l'impression que vous n'avez pas eu d'atomes crochus, au départ, avec le clan des anciens. Et aujourd'hui, on voit que vous vous êtes retrouvés ?

Cela s'est fait petit à petit. Quand je viens en terre inconnue, je ne veux
surtout pas m'imposer. Dans un premier temps, j'étais en observation.
Les gars, aussi, regardaient mon attitude. Et puis, il ne faut pas
oublier, si on fait référence à Mickaël Landreau, Frédéric Da Rocha ou
Nicolas Savinaud, et même Loïc Guillon, que ces gens jouaient ensemble
depuis des années. Moi, j'étais là depuis à peine deux, trois mois.
Après, j'ai pu prendre place parmi eux car j'ai démontré sur le terrain
et par les valeurs que j'ai véhiculées sur le terrain - combativité,
abnégation, attachement à un blason, ses couleurs, un club - ils ont vu
que je n'étais pas venu ici comme un mercenaire.

Vous pensez qu'ils avaient besoin de connaître la sincérité de vos propos ?

Pour moi, ils pensaient que je parlais trop et trop vite, mais pas dans le
mauvais sens. D'ailleurs, nous en avons parlé ensemble. C'est par
protection envers moi, parce que lorsque j'ai parlé, ça faisait trois
mois et demi que j'étais là, et je ne savais pas ou j'avais mis les
pieds. Je l'ai fait par souci de protection et qu'ils commençaient à me
connaître sur le terrain. Ce n'était pas des paillettes pour les
supporters. Je suis dans la vie comme sur le terrain. Avec moi, on ne
peut pas se tromper. Après, on apprécie ou pas, c'est un autre problème.

Justement, ce groupe des anciens auquel vous faîtes référence, représente t-il une richesse inestimable pour un club ou au contraire un pouvoir de nuisance comme certains l'ont avancé ?

Bien sûr. Ils ont des valeurs qui se perdent actuellement : l'attachement à un club, à une région, une ville, le don de soi, l'amour du maillot. Je ne dis
pas que les autres n'aiment pas leur maillot, mais derrière ce maillot,
il y autre chose. Toute une identité. Ils veulent rendre au FC Nantes
ce que le FCNA leur a donné. Ils ont été champions, ont connu des
coupes de France, connu l'équipe de France, des joies immenses, et puis
quelque part c'est leur métier, le plus beau du monde ne dit-on pas.
Avoir des joueurs comme ça dans son club, c'est la garantie d'une
identité et d'un esprit particulier.

Ce n'est pas de la nostalgie comme l'avancent certains dirigeants ?

Mais le temps n'a rien à voir là-dedans. Quelque soit l'époque que l'on
traverse, les valeurs doivent rester les mêmes. C'est comme à Metz. Je
compare Savinaud et Da Rocha à Kastendeuch, Gaillot, Pascal Pierre.
C'est quelque chose d'emblématique, c'est beau ! Le public a besoin de
ces hommes-là pour s'identifier à un club.

Quand vous êtes arrivé, il y avait une différence entre le projet que l'on vous a proposé et la réalité. Aujourd'hui, ces dirigeants, s'ils vantent l'image d'un nouveau projet, seront-ils crédibles ?

Lorsqu'ils m'ont appelé, ils m'ont véhiculé un projet, j'y ai cru, même l'an
dernier, j'y croyais encore sinon je n'aurais jamais signé ici.
Certainement j'ai fait une erreur, c'est sûr en croyant que cela allait
se passer de cette manière. En venant ici, je ne m'imaginais pas me
retrouver dans un tourbillon médiatique de cet ordre là durant deux
saisons. Ils vont vouloir reconstruire un nouveau projet, ils vont
vouloir le vendre. Si ça se trouve, il s'agira d'un projet qui tient la
route et sincère. Moi, je ne suis pas là pour juger.

Vous parlez comme quelqu'un qui a tourné la page ?

On m'a fait beaucoup de mal. Maintenant, je ne tourne pas la page du club. Ça n'empêche pas que je veuille partir. Chaque année est une page
blanche à remplir.

Existe t-il un risque d'explosion du groupe ?

Oui. Je le crains. En même temps, entre guillemets, cela serait logique vu
la saison chaotique que l'on vit. Qu'il y ait des tensions ou que
chacun prenne des chemins différents. C'est inéluctable quand un club
connaît ses difficultés.

P-Y. ANSQUER et Ch. DELACROIX.

Ouest-France
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